25/08/2009 - Pays : Mongolie - Imprimer ce message
"Faut jamais toucher à un truc qui marche !"

Cette phrase, lancé par deux bons amis avec qui j'ai pris le pari d'arriver en temps et en heure à Ulan Bator AVEC la voiture contre un bon resto à Paris s'est avéré plutôt vrai aujourd'hui :)
Nous qui pensions faire un message tous les deux jours sur ce blog, cette journée aura été tellement riche en aventures et en rebondissements qu'elle vaut bien un message !

Nous partons donc vers 9h30 de notre campement après le traditionnel rituel du changement de roue au réveil... Un petit ensablage pour rejoindre la piste principale et nous sommes lancés !


Mais quelques kilomètres après notre départ, un gros bruit de claquement retenti dans toute la carrosserie. Ça vient clairement du train arrière gauche mais malgré une inspection rapide, on ne distingue pas grand chose. On continue donc en ralentissant un peu la cadence.
La piste est large et à 99% du temps en tôle ondulée. J'essaye donc au maximum de l'éviter en empruntant les petites pistes secondaires qui longent la principale.
Mais alors que mes freins ne répondent plus bien et que le claquement amplifie, je reviens sur la piste principale à l'approche d'un petit village quand soudain, vrrrack... Grand bruit et plus de frein du tout ! On finit par s'arrêter une cinquantaine de mètres après au frein à main. Le train arrière gauche vient de tomber, détaché du châssis de la voiture et arrachant par la même occasion le flexible de frein ce qui explique le manque de réactivité de la pédale. Ça sent un peu la fin pour tout le monde mais un bus passe juste à ce moment là. Vu le peu de trafic sur les routes, nous n'hésitons pas une seconde. Nous l'arrêtons pour que Samuel et Gaëtan embarquent et trouvent de l'aide un peu plus loin.


Pendant ce temps j'essaye de voir d'un peu plus près les dégâts. Le train arrière est en fait fixé par une sorte de triangle métallique au châssis par 3 écrous. En cherchant un peu sur la route nous en avons retrouvé un mais pas les deux autres.
Deux pas de vis sont encore tout à fait bon mais pas le troisième qui est complètement défoncé.
C'est à ce moment là que Samuel et Gaëtan reviennent à bord d'un fameux UAZ, le van le plus populaire en Mongolie. Tous les chauffeurs sont un peu mécanos dans ce pays !


Ils sont deux à bord du van, ils inspectent, soulève la voiture à l'aide de notre cric et, avec un deuxième cric, essayent de remettre en place le triangle pour le revisser.
Un deuxième UAZ s'arrêtent avec à son bord un jeune parlant plutôt bien anglais. Tous les passagers du van vont s'y mettre aussi et ce n'est pas moins de sept personnes qui ½uvrent autour de notre chère Skogoliath.
Mais après bien des galères, ils n'y arrivent pas... Même en soulevant la voiture avec le cric il n'y a pas assez d'espace pour travailler correctement... On entreprend alors le vidage total de la voiture galerie comprise ! On retire tous les sacs du coffre, les roues de secours, les jerricans, la caisse de bouffe et la caisse à outils. Tout le monde se met du même côté de la voiture et ce que nous n'osions croire arriva, ils entreprennent de coucher la voiture sur le côté pour y voir plus clair. On trouve ça bien bourrin mais carrément drôle. En fait ils ne soulèveront la voiture que de 45° et la cale avec un tasseau en bois que j'avais pris soin de mettre dans le coffre avant le départ. On est presque déçu qu'ils ne la mettent vraiment sur le côté. :)



Bien ! De cette façon on y voit plus clair et il est bien plus aisé de travailler sous la voiture ! C'est reparti à grands coups de crics dans tous les sens. Chaque UAZ à au moins deux crics et nous en avons également deux. Un ou deux soutiennent la voiture pendant qu'un troisième est posé sur une de nos roues de secours en support afin de toujours essayer de plaquer ce fameux triangle à son emplacement d'origine pour le revisser.


Après bien des efforts et des leviers dans tous les sens, alors que quatre personnes tirent à la sangle le train vers l'arrière et que deux autres le forcent au démonte pneu vers le centre, c'est une victoire ! On entend le doux bruit de la clé à cliquet qui serre à fond un écrou. Seul problème... nous n'en avons qu'un sur les trois et bien sûr, pas de rechange. Mais Samuel a la riche idée de voir si les écrous de fixation de notre tôle de protection ne sont pas les mêmes. On essaye et bravo Sam ! Ce sont bien les mêmes ! On peut donc serrer le triangle avec un deuxième écrou. C'est quand même un peu plus prudent et notre tôle tiendra sans problèmes avec seulement deux écrous à l'avant ! On plie également le flexible de frein afin qu'il ne fuit plus et remettre en pression tout le système.

Tout le monde est content, on enlève tous les crics au fur et à mesure puis tout le monde retient la voiture pour qu'on enlève la cale. Chapeau les gars ! C'est du beau boulot !
On remercie cette fine équipe en ouvrant une bouteille de vodka justement achetée pour ce genre de situation. On essaye de remercier ces gens qui auront passé près de deux heures sous notre voiture, faisant patienter leur passager dans les vans. Nous offrirons un jerrican d'essence qui ne nous servira plus maintenant et la bouteille de vodka qui feront des heureux. Tout le monde repart et nous sommes bons pour tout recharger. Mais on s'y prend différemment afin d'éviter d'avoir trop de poids sur l'arrière gauche. On met le plus de choses possibles sur l'avant de la galerie afin d'alléger un peu le coffre. Samuel étant le plus léger de nous quatre, c'est lui qui s'assoit au dessus du point névralgique... ;)


On s'arrête deux kilomètres plus loin dans un village qui sert visiblement d'étape à tous les transports en commun. On mange donc dans un resto-étape puis on cherche du liquide de frein dans les quelques boutiques du coin. Nous trouverons notre bonheur à la station service et avec toutes ces émotions... on se trompe et on verse le liquide de frein dans le réservoir pour la direction assistée... Oups ! Bon, on verse le reste de la bouteille dans le bon réceptacle et je donne un petit coup de fil à nos mécanos préférés en France, Julien et Jean-Claude. À priori, pas trop de problèmes... l'inverse aurait été plus grave ! ;)

Nous repartons donc sur la piste mais en ne dépassant pas le 30 Km/h afin de ne pas forcer sur le triangle qui ne tient plus que par deux points. Mais nous feront à peine 15 kilomètres quand les claquements deviennent de nouveau assez fort. Une tête sous la voiture et on constate que le triangle est en train de plier méchamment... La réparation de ce matin a tenu mais le fait que le troisième point ne soit pas fixé n'arrange rien. Si nous continuons comme ça, on casse le triangle et ce sera vraiment fini...
Toute la team s'interroge et on décide de faire appel à l'organisation du Mongol Rally qui fournit un numéro de téléphone en cas d'extrême nécessitée... En effet, si la voiture est vraiment en incapacité de rouler et que nous ne sommes pas arrivé à Ulan Bator, l'organisation a prévu des points où l'on peut déposer la voiture en chemin. Seulement le prochain est à une bonne centaine de kilomètres d'ici. Il faudrait donc se faire tracter jusque là bas... ce qui est très loin d'être évident sur ce genre de piste.


Alors que Sylvestre est au téléphone avec l'organisation via l'antenne satellite prêté par notre partenaire E-Sat, un gros camion passe et on décide de l'arrêter en se disant que lui serait suffisamment haut et puissant pour nous tracter. On essaye d'expliquer notre idée au chauffeur mais il n'a pas l'air convaincu... Il inspecte la voiture et voit bien le problème mais on ne comprend pas ce qu'il voudrait faire. Il finit par repartir s'occuper de son camion ou plutôt de son chargement car celui-ci penche sérieusement d'un côté et menace de faire basculer toute la remorque.


Pendant qu'il entreprend diverses man½uvres, nous sommes en liaison avec l'organisation qui tente d'envoyer quelqu'un à notre position GPS. Réponse par mail dans 45 minutes.

Mais le chauffeur ayant finit de remettre son chargement en place, il revient, une énorme barre à mine à la main et un gros écrou avec rondelle extra-large. Il nous fais signe qu'il veut faire un trou sous le siège afin de serrer le triangle avec son écrou + rondelle... Pas bête !
On enlève alors le siège et visiblement, il préfère que ce soit l'un d'entre nous qui commence à trouer la voiture. Gaëtan s'applique donc à la tâche. Armé de la barre à mine sur-dimensionné, il tape un grand coup juste au dessus du trou de fixation dans le châssis. La tôle plie comme du papier d'alu. Et nous qui pensions que le chauffeur du camion avait des remords à trouer la voiture, c'est en fait le premier coup qu'il ne voulait pas donner ! Maintenant que c'est fait, il s'en donne à c½ur joie et fais une véritable découpe sous le siège !!!

Mais au moins il a un bel accès pour y passer son écrou et la rondelle.
Toujours le même jeux de crics. L'un soulève la voiture pendant que le deuxième plaque le triangle dans son emplacement. Un tour de clé et c'est encore une belle victoire. Le type a l'air plus bourrin que nos mécanos de ce matin mais ça s'avère payant ! Il serre à fond un gros boulon de 19 et le triangle est de nouveau fixé comme d'origine ! Ça bouge plus d'un poil... sacré réparation !

Il continue sa route alors que nous rangeons toute la caisse à outils. Notre décision est prise, on roule le plus longtemps possible ce soir et cette nuit afin d'arriver à la prochaine ville équipée d'un poste à souder pour fixer définitivement l'affaire. Mais on ne dépassera pas les 30 Km/h pour ne pas tout foutre en l'air !
Sylvestre s'emploie donc à rouler à une allure d'escargot en évitant soigneusement les parties trop "tôle ondulée" de la piste.

C'est alors que nous tombons sur un 4x4 Mongol visiblement en panne. Vu le temps que les gens ont passé pour nous aujourd'hui, nous ne pouvons pas ne pas nous arrêter. On ne sait pas bien comment les aider mais on comprend qu'un des gars veut monter avec nous jusqu'à la prochaine ville. OK, mais même si c'est à 60 Km d'ici, nous y serons en gros dans trois heures ! :) On tente de lui faire comprendre que notre voiture est "Kaput" et qu'on roule très lentement. Ça ne lui pose visiblement pas de problèmes.

La nuit est en train de tomber et nous tombons à nouveau sur un van Mongol en panne. Décidément c'est la journée ! Ils ont juste besoin d'une clé et d'un levier pour déserrer quelque chose de leur train avant. On aura tout ce qu'il faut pour leur venir en aide. En moins de dix minutes c'est réglé pendant que notre passager à la tête sous le train arrière de Skogoliath pour inspecter les bruits étranges que l'on entend quand on roule. La scène est plutôt coquasse ! :)

C'est reparti plein phares... Samuel essaye bien de faire la conversation mais notre Mongol est encore trop imparfait et nous n'arriverons pas à en tirer grand chose. Gaëtan met alors de la musique ce qui ravira notre homme. On passe de Claude François à Alain Souchon ou encore YMCA. Notre passager est tout guilleret et claque dans ses mains en dansant et en taquinant un peu Samuel. Il faut dire que le type à une sacrée poigne ! Mais visiblement, il aimera beaucoup moins le "Hard metal" que Gaëtan vient de lancer sur nos enceintes... Il se calme illico et reste sagement assis entre Samuel et moi.
Plus de deux heures plus tard, nous arrivons enfin à son village. Il est 23h et il nous invite à entrer chez lui en nous faisant clairement comprendre que demain il s'occupe de notre voiture.
Bon, nous qui voulions rouler le plus longtemps possible, on se dit que ce n'est pas une si mauvaise idée que de rester là pour ce soir et de voir ce qu'il pourra faire demain.
Nous déchargeons donc la voiture en manquant de peu de se faire bouffer par ses chiens. Notre hôte se charge d'eux à coups de pieds ! :) Ça les dissuade et ils nous laissent tranquille.

Dans la maison, décorée un peu à la façon d'une yourte, sa femme nous sert le traditionnel thé Mongol et lui nous montre les diplômes (licence de géologie) de son fils, visiblement très très fier de lui !
On passe également en revu les albums photos de la famille... Tout cela à un peu un air sur-réaliste et on repense à tout ce qu'il nous est arrivé depuis ce matin.
La journée fût longue... et justement il nous montre là où nous pouvons dormir.
Ce sera tout pour aujourd'hui mais c'est déjà pas mal... La suite au prochain épisode, Skogolitah n'a pas dit son dernier mot ! Il nous reste moins de 500 Km avant la ligne d'arrivée et nous comptons bien arriver à bord de notre cher carrosse !

PS pour Boris : Tu peux effectivement réserver le resto mais c'est pas encore dit que ce soit moi qui paye ! ;)

Signé : Rodolphe

Edit de Sylvestre:
Rodolphe a dominé les derniers envois de messages pour la bonne raison qu'en tant que personne la plus expérimenté de l'équipe en mécanique (c'est dire le niveau), il est le mieux à même d'expliquer nos aventures de train arrière !


Traces GPS :
Oups, crashé

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Par JF
Le 26/08/2009 à 08:30:52
Courage les gars ... plus que 500 bornes ... vous avez vraiment décidé de nous tenir en haleine jusqu'au bout et nous faire suer à vous aider à soulever la chariote dans nos rèves !
En tout cas les Mongols sont vraiment des mécaniciens de génie.
Roulez molo : qui va piano va sano et peut-être jusqu'au bout ...

Par ANNE
Le 26/08/2009 à 09:18:51
franchement drôles, le récit de vos pannes et dépannages ! Je suis admirative de la disponibilité et des compétences des Mongols, bonne chance pour les 500 derniers kilomètres !

Par JBi
Le 26/08/2009 à 09:26:57
Un bon conseil : resserrez tous les écrous que vous pouvez trouver sur ou sous la voiture !! si ceux-ci sont partis, ils auront probablement des copains... dites merci à la tôle ondulée ! Dans le salaire de la peur (un bouquin où des gars trimablent de la nitro sur des pistes défoncées), ils disent que la tôle ondulée c'est soit 20km/h soit 70km/h. Pas entre les deux !
Bon courage pour la suite !!

Par Jam
Le 26/08/2009 à 10:07:18
Excellent bouquin/film !!!

Mais quand même c'est pas de bol après les post tout guillerets annonçant la dernière ligne droite, il semble que le les "routes" mongoles n'aient pas dit leurs derniers mots non plus !!! :)

Courage les gars !


Par Boris
Le 26/08/2009 à 11:20:04
Pour la stratégie de vitesse sur la tôle ondulée, je ne saurais qu'acquiescer la remarque de JBi : 20 ou 70km/h. Le seul gros problème avec la seconde stratégie, c'est que pour atteindre les 70km/h, il faut passer par les vitesses intermédiaires...

Bon courage pour les derniers km qui s'annoncent assez long. Cependant, d'après GoogleMap vous devriez arriver dans pas trop longtemps sur une route bitumée. J'ai pas le détail des nids de poules par contre, désolé.

Par françoise
Le 26/08/2009 à 12:32:09
salut les gars, on ne sait plus si vous voulez nous faire visiter du pays ou prendre un cours de mécanique accéléré .....plus que 500km avant un RDV avec l'avion ....vous allez sauter directement dans la soute sans passer par la visite de la capital....allez vous y reviendrait... on ne peut que se marrer en lisant votre recit , vous nous tenez vraiment en haleine comme dans le meilleur recit d'aventure de l'été .
bon courage .
on va avoir le temps de venir vous pousser !!!!

Par JCH
Le 26/08/2009 à 16:50:07

Espérant que vous n'ayez pas besoin de découper l'engin pour le répartir dans vos sacs à dos, je vous souhaite bonne chance pour la dernière centaine de kilomètres. Au moins, si l'avion du retour doit se poser quelque part sur une piste du Kelsaltan en raison de bruits et comportements bizarres, vous aurez acquis l'expérience nécessaire pour aider à le rafistoler. A condition, bien sûr d'emporter dans vos bagages une barre à mine, un pied de biche, une clef à cliquet, des écrous et des boulons, un palan, quelques crics, une bonne cale en bois, du liquide de freins, des bouteilles de vodka etc...
On croise les doigts pour vous!

Par Valérie
Le 26/08/2009 à 21:09:52
C'était quoi la première photos ? Nous avions cru que Skogoliath était mouru ...

Nous étions en suspens jusqu'au bout ... BRAVO !


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